Quand l'écologie menace le développement durable de la filière pêche. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par LE GAL   
Lundi, 22 Octobre 2012 14:50

Engagée depuis 2006 dans une démarche de « Pêche responsable », la Scapêche subit de manière répétée les attaques des associations environnementales dont l’activisme menace aujourd’hui l’ensemble de la filière pêche du port de Lorient (500 emplois). Entretien avec Tristan Douard, Directeur général de la Scapêche.

 

Votre démarche de « pêche responsable » a été mise à l’index par des associations environnementales suite au  jugement de l’autorité de régulation de la publicité[1], comment réagissez-vous ?

La plainte à laquelle vous faite allusion a été portée devant l’autorité de régulation de la publicité par l’association Bloom suite à la publication d’un encart publicitaire paru dans quatre hebdomadaires nationaux en novembre 2011. Cette décision ne remet pas en cause la qualité notre démarche de «  pêche responsable »  initiée en 2006, que nous avons structurée sur des engagements clairs sur les trois volets du développement durable.

Pourquoi l’ARPP a-t’elle demandé le non renouvellement de cette publicité ?

L’ARPP a justifié la demande de non renouvellement de la publicité en considérant que dans la formulation du message diffusé, nous nous attribuions un rôle injustement « déterminant » en matière de développement durable. Cette décision est discutable, car la phrase jugée non conforme dans la publicité est celle-ci : « Pourquoi posséder sa propre flotte de pêche ? (…) Également pour pouvoir jouer un rôle déterminant dans le maintien durable de la pêche en France, qui passe par la préservation et le renouvellement des ressources marines »…  Les Mousquetaires évoquent ici leur ambition, pas une prétention démesurée ! Cette décision confirme néanmoins la qualité, la sincérité et la loyauté de notre démarche de « pêche responsable », articulée sur des engagements en matière de durabilité des ressources, de  santé et de sécurité des équipages et  de la qualité des produits.  Ces trois points constituent aujourd’hui le socle de notre politique et conditionnent la pérennité de notre activité.

Comment expliquez-vous dans ce cas que les associations environnementales soient à ce point virulentes à votre égard, dénonçant vos pratiques et votre modèle de développement ?

Je ne me l’explique pas. Ce procès d’intention est objectivement inacceptable. Si la pêche pratiquée dans les années 1970/1980 a produit des dégâts considérables sur le plan des ressources halieutiques, la mise en place des quotas dans les années 2000 et l’évolution de nos pratiques ont permis de reconstituer les stocks de manière significative. Ce n’est pas la Scapêche qui l’affirme, ce sont les scientifiques du CIEM[2] qui suivent périodiquement l’évolution des stocks et de l’environnement marin pour le compte de l’Union européenne ! Nous disposons aujourd’hui d’indicateurs suffisamment fins pour affirmer que  les quantités de poissons disponibles sont suffisantes pour maintenir notre activité de pêche sans mettre en danger la durabilité des ressources.

Pourquoi ne pas avoir adopté le label MSC (Marine Stewarship Council) pour communiquer sur votre démarche ?

Les critères du label MSC – label privé -  sont centrés exclusivement sur la problématique de durabilité des ressources. Ils n’intègrent ni  les dimensions sociales, ni la question de la qualité du produit que nous avons inclus dans nos cahiers des charges, conformément au code de conduite pour une pêche responsable de la FAO[3]. Nous aimerions que la reconnaissance des pratiques de pêches durables et que les allégations environnementales soient encadrées par les pouvoirs publics au niveau national et européen. Cela éviterait tout risque de confusion pour les consommateurs. Nous souhaitons que ce sujet soit abordé dans le cadre de la réforme de la politique commune des pêches actuellement en discussion à Bruxelles.

 

« La décision de la Commission européenne est le résultat d’un lobbying efficace mené par les associations environnementales. »


Votre activité est menacée par la décision de la Commission européenne d’interdire la pêche en eaux profondes au chalut, comment réagissez-vous ?

Si la décision de la Commission européenne est ratifiée par le Parlement européen et le Conseil des ministres, c’est toute notre activité de pêche qui est menacée. En effet, en interdisant la pêche des poissons d’eaux profondes[4](en-deçà de 1000 mètres de profondeur) qui représente 30 % de notre activité, la Commission interdit de facto la capture d’espèces situées à des profondeurs  moyennes[5] (situées entre de 500 et 1000 mètres) car les stocks poissons d’eaux profondes sont abondants et  tendent à remonter. Cela signifie qu’à terme, notre activité se concentrerait sur deux espèces de poisson, le lieu noir et le merlu dont les quotas sont insuffisants pour assurer la viabilité de notre activité. C’est totalement ubuesque !

Comment expliquez-vous cette décision ?

La décision de la Commission européenne est le résultat d’un lobbying efficace mené par les multinationales de l’écologie. Ces organisations internationales disposent de moyens financiers importants, souvent issus de très riches fondations américaines, pour mener des campagnes de communication au cœur des institutions européennes. Elles utilisent des arguments présentés de manière scientifique pour justifier leur lutte pour la préservation des ressources halieutiques, sans tenir compte des avis actuels du CIEM qui font pourtant autorité sur ce sujet. Dans cette bataille médiatique nous sommes inaudibles. C’est David contre Goliath.

Quelles peuvent-être les conséquences de cette décision ?

L’enjeu de cette décision est économique. Pour la région de Lorient ce sont 150 emplois directs et 500 emplois induits qui sont menacés. Nous sommes plus qu’incertains sur notre décision d’investir plus de 8 millions d’euros dans la construction d’un chalutier dernière génération, en l’absence de visibilité sur notre activité. Je le regrette car ces investissements qui ont des impacts directs sur l’économie réelle sont nécessaires à la modernisation de notre outil de travail. C’est ce type d’investissements qui nous permet d’apporter une réponse technique à nos engagements de pêche responsable, à l’image du projet de chalut décollé du fond que nous portons avec l’Ifremer.

Quelle est la nature de ce projet de chalut « décollé » ?

Dans le cadre d’un appel à projet européen, nous avons été sélectionnés pour développer en partenariat avec l’Ifremer un chalut dont les caractéristiques permettraient de réduire l’impact de notre activité sur les écosystèmes, d’améliorer la sélectivité des espèces péchées, mais aussi de limiter les consommations de gasoil (donc les rejets CO2). Ce projet a été financé par l’Europe à hauteur de 300.000 euros. Dans le même temps la Commission décide d’interdire la pêche en eaux profondes et menace notre activité, celle-là même qu’elle soutient pour s’améliorer... La position de la Commission en la matière est à la fois incohérente et incompréhensible, mais nous devons avoir confiance dans la capacité de discernement des décideurs. On ne peut pas, dans le contexte économique actuel, détruire sans motif avéré des emplois et rompre des dynamiques de progrès initiées sur les plans environnemental, social et économique !

[1] ARPP : Autorité de Régulation professionnelle de la Publicité.

[2] Conseil International pour l’Exploration de la Mer.

[3] FAO : Food and Agriculture organization. Organisation des Nations Unis pour l’agriculture et l’alimentation.

[4] Poissons d’eaux profondes : Grenadiers, sabres, lingue bleue (Julienne)

[5] Merlu et lotte.

 

Site internet de la Scapêche


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